Portraits de Syriens

Adamas

Mosquée des Ommeyaddes (été 2010) Damas

AdamasNuit

Damas la nuit, vue du Mt Qassioun (2010)

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Damas à perte de vue

AdamasMoi

Dans les ruelles étroites de la vieille ville (été 2010)

L’homme à vélo

Les ruelles de Damas sont si étroites que deux hommes ont du mal à s’y croiser sans que l’un ne s’efface pour laisser passer l’autre. Nous marchons de front en bavardant. Arrive un jeune homme à vélo. Loin de forcer le passage, il pile juste devant nous et, dans un superbe anglais et un large sourire, nous demande: « Where are you from? »- D’où êtes-vous?- Nous répondons en chœur: « From France ». Son visage racé s’illumine tandis qu’il pose sa main droite sur son cœur et nous dit: « I love France! »Il n’en dira pas plus parce qu’à l’évidence les mots lui manquent en anglais mais il a déjà tout dit pour qu’un lien très étroit se soit créé entre nous. Nous lui rendons son sourire et son message: « We love Syria! ». Il repart en sifflotant, se retourne et nous fait un petit signe de main qui en dit long.

Le chauffeur de taxi

C’est vendredi à Damas et dans le cœur de tous les musulmans. Un chauffeur de taxi me monte à toute allure en haut du mont Qassioun pour la modique somme de 30 livres syriennes. C’est une belle soirée d’été. La nuit tombe doucement sur Damas. Les petites lumières bleues signalent les églises et les vertes les mosquées. La ville s’étend à perte de vue. Les habitations ont depuis longtemps dévoré la Ghouta, cette splendide ceinture végétale qui tenait le désert invisible. Pour redescendre, j’accepte les services d’un jeune chauffeur au véhicule incertain. Une fois en route, il m’indique des cinq doigts d’une main le prix de la course: 50 livres. La descente est-elle à ce point périlleuse qu’elle coûte presque le double de la montée? Il ne parle pas anglais. Difficile de marchander. En ai-je d’ailleurs vraiment envie? Vendredi chez lui, c’est dimanche chez nous. Ce jeune homme travaille le dimanche sans pour autant s’enrichir, à en juger par l’état bancal de son taxi. Alors que nous approchons de l’hôtel, je lui tends 60 livres et d’un geste lui signifie: c’est bon, pas de monnaie. Je le vois alors ouvrir d’une main la boîte à gant de la voiture. Il en sort un vaporisateur et, se tournant légèrement, m’asperge de parfum en répétant « Choukran! Choukran! » (Merci!) Je ne sais comment lui manifester mon émotion et, pour la première fois, je m’entends prononcer cette expression tant de fois entendue: « Salam alekum! » sur le ton de « Je vous en prie! C’est avec plaisir! » Devant l’hôtel, il descend et m’ouvre la portière. C’est comme si nous n’avions pas envie de nous quitter et nous échangeons encore quelques « Choukran » et « Salam Alekum » comme deux vieux amis engagés dans une conversation passionnée. Il faut bien qu’il reparte. Je regarde longtemps les feux de son taxi qui s’enfonce dans la nuit de Damas. Je suis remplie de la joie que m’a procurée tout ce qu’il m’a dit.

Le vieil homme

Je marche d’un bon pas vers la Teika Suleimania malgré la chaleur écrasante. Sur un banc, sont assis un jeune garçon et un homme d’une soixantaine d’années. Ils doivent pique-niquer car l’homme épluche des légumes. Alors que j’arrive à sa hauteur, il brandit un concombre et m’interpelle de façon inattendue: « Cucumber? » (Concombre?) Évidemment, je réalise qu’on ne saurait me prendre pour une Syrienne pure souche. Je viens de là-bas, de l’ouest, l’occident et peu importe de quel pays je viens, je dois bien « tchatcher » quelques mots d’anglais pour oser m’aventurer si loin de chez moi. Je m’arrête et lui réponds un « Yes » encourageant. Empoignant une tomate, il poursuit: « Tomato? ». Stimulé par mon sourire approbateur, il attrape un oignon. Mais là, ses traits se figent. Il hausse les épaules dans un geste d’impuissance. Je lui souffle la réponse: »Onion! » « Onion! » dit-il sur le ton enthousiaste de  » Mais bien sûr, comment ai-je pu oublier? » Il se tourne vers le garçon et tous deux rient de bon cœur. En fait, l’homme en sait bien plus qu’il n’y paraît car il se met à m’expliquer dans un anglais très acceptable qu’il apprend tout seul cette langue chez lui à l’aide d’un vieux dictionnaire arabe-anglais. Je m’assieds sur le banc et l’écoute. Il fait tout cela parce que sa passion, c’est communiquer avec les étrangers. Je l’admire de tous les efforts qu’il fait seul et lui dis qu’il lui faudrait un professeur. Mais il n’a pas d’argent. Si j’habitais Damas, je viendrais lui donner des cours tous les jours et je vois qu’il me comprend bien. Nous bavardons encore un peu. Tandis que je repars vers la Teika, je me dis qu’à la rentrée scolaire qui approche, si j’avais seulement deux élèves sur vingt-huit animés d’une telle passion, je m’estimerais bien heureuse! Quelle curiosité, quelle ouverture d’esprit chez cet homme humble sinon pauvre. Quel sens admirable des véritables richesses!

A suivre…

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